Son premier album « Phantom Limb » (2016) avait dévoilé au public la passion viscérale d’Alice Torrent pour la musique. Depuis toute petite, elle composait des chansons, bricolant encore et toujours des morceaux, seule ou avec des ami·es, profondément fascinée par les couches sonores. Cette première sortie allait la mener à se focaliser à plein temps sur sa passion, les concerts et les commandes s’enchaînant, composant depuis pour le théâtre et le cirque contemporain. Elle revient aujourd’hui au travail en studio et présente son deuxième album, « An Ode To Your Sun ».   

 

Tout avait commencé de manière simple et idéale : composé et arrangé durant une résidence idyllique et hivernale dans la nature islandaise, « An Ode To Your Sun » sent bon les couleurs pastelles de l’île nordique et son blizzard, d’ailleurs capté avec d’autres fields recordings sur la chanson « Crow ». Les titres ont ensuite été ramenés en Suisse pour être retravaillés et enregistrés avec des musicien·nes devenu·es des ami·es au fil des ans. Mais la conception du disque allait alors être chamboulée par quelques surprises : une longue maladie ne laissant à Alice Torrent la possibilité de travailler sur l’album que lors de regains d’énergie, la pandémie, et, sur une note bien plus joyeuse, le fait de tomber enceinte, les voix ayant toutes été enregistrées durant la grossesse. Des voix d’ailleurs posées sur des textes écrits par son mari, David Glassey (également membre fondateur du groupe Herod), après qu’Alice Torrent lui ait donné une direction générale : elle y fait ainsi tant un clin d’œil à la mythologie nordique (« Seal Skin » et sa référence à la femme phoque, éternellement déchirée entre la terre et l'océan) qu’un adieu à un ami parti brutalement sur le très épuré titre de clôture, « Cherif ».

 

La conception de « An Ode To Your Sun » a donc oscillé entre difficultés et bonheurs extrêmes, et parvient à traduire ce grand huit émotionnel au travers de titres pleins de puissance, qu’ils soient délicats au piano (« À l’Automne », « An Ode To Your Sun », « In Front Of You », « Window ») ou teintés de riffs flirtant avec le post-métal (« The Beckoning Silence », « Standstill »).

 

Cette puissance, « An Ode To Your Sun » la requérait également au niveau du traitement sonore, et le travail au mix de Johann Meyer, l’ingénieur du son des mastodontes du métal français Gojira, sert merveilleusement les morceaux. L’album est ensuite parti chez Ted Jensen (The Who, Metallica, Deftones, etc.) à Nashville, Tennesse, pour le mastering. 

- Gilles Kaeser

Première écoute, première impression. La maîtrise des timbres. De cette voix d’alto feutrée qui sait s’étirer vers l’éther quand il le faut pour mieux replonger en elle-même dans la profondeur et les remous intérieurs. Du piano ensuite, ivoire lourd joué avec des élans, de l’impétuosité et de la délicatesse aussi. Deuxième impression, visuelle cette fois, une cover d’album texturée, image granuleuse et graphie minimale: «Alice Torrent - Phantom Limb». L’ensemble est d’une cohérence parfaite, ce qui a tendance à surprendre quand on découvre un premier disque. 

- Jeff Albelda